Dans quel ordre puiser dans son patrimoine à la retraite
Assurance-vie, PEA, PER, immobilier, compte-titres : à la retraite, l'ordre dans lequel vous videz vos poches change le montant net que vous touchez, à patrimoine identique. Les règles de séquencement, avec les taux 2026.
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La plupart des articles sur la retraite s'arrêtent à la phase de constitution : combien épargner, sur quelle enveloppe, avec quel rendement. Presque aucun ne traite la question suivante, qui est pourtant celle qui se pose réellement le jour où l'on s'arrête : vous avez plusieurs poches, vous avez besoin de revenus, dans quel ordre vous servez-vous ?
Ce n'est pas une question de détail. À patrimoine identique et à besoin identique, l'ordre des retraits change le net qui arrive sur votre compte, et il change ce qui restera à vos héritiers. La différence se compte en dizaines de milliers d'euros sur une retraite de vingt ans.
Le taux qui a changé en 2026, et que beaucoup d'articles ignorent
Avant tout calcul, un point de départ à jour. Depuis le 1er janvier 2026, les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont passés de 17,2 % à 18,6 %. La hausse vient de la CSG, portée de 9,2 % à 10,6 % par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Le taux se décompose ainsi : CSG 10,6 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %. Il s'applique aux intérêts, aux dividendes, aux plus-values de valeurs mobilières, aux gains d'assurance-vie, aux revenus fonciers et aux plus-values immobilières.
Conséquence directe : le prélèvement forfaitaire unique passe de 30 % à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu, inchangé, plus 18,6 % de prélèvements sociaux).
Les cinq poches et ce qu'elles coûtent à la sortie
| Poche | Ce qui est imposé | Taux à la sortie (2026) |
|---|---|---|
| PEA de plus de 5 ans | la part de gain du retrait | prélèvements sociaux seuls, 18,6 % |
| Assurance-vie de plus de 8 ans | la part de gain du retrait, après abattement annuel | 7,5 % d'IR jusqu'à 150 000 € de primes, 12,8 % au-delà, plus 18,6 % |
| Compte-titres ordinaire | la plus-value réalisée | 31,4 % (PFU) ou barème sur option |
| PER, versements déduits | le capital au barème, les gains au forfait | barème de l'IR sur le capital, PFU sur les gains |
| Immobilier locatif | les loyers, puis la plus-value à la vente | barème plus 18,6 % sur les loyers ; plus-value avec abattements de durée |
Deux enveloppes se détachent immédiatement. Le PEA de plus de cinq ans est la poche la moins chère à consommer : pas d'impôt sur le revenu sur les gains, seulement les prélèvements sociaux. L'assurance-vie de plus de huit ans vient juste après, avec en plus un abattement annuel sur les gains de 4 600 euros pour une personne seule et 9 200 euros pour un couple.
Le piège du raisonnement par solde
L'erreur la plus fréquente consiste à regarder les montants et à puiser dans la poche la plus grosse. C'est exactement l'inverse du bon raisonnement, pour une raison simple : ce qui compte n'est pas le solde de la poche, c'est le coût fiscal du prochain euro que vous en sortez.
Un exemple. Vous avez 400 000 euros d'immobilier locatif et 80 000 euros sur un PEA. L'immobilier paraît la ressource évidente. Mais un loyer supplémentaire s'ajoute à vos revenus imposables au barème, plus 18,6 % de prélèvements sociaux : si vous êtes dans la tranche à 30 %, chaque euro de loyer vous laisse environ 51 centimes. Un euro de gain sorti du PEA vous en laisse environ 81. Le PEA est cinq fois plus petit et pourtant nettement moins cher à consommer.
L'ordre par défaut
Pour une situation courante, sans besoin de transmission immédiate et sans revenus professionnels résiduels, l'ordre suivant est un bon point de départ.
1. Les liquidités et le compte-titres, pour la partie sans plus-value. Vendre une ligne au prix d'achat ne déclenche aucune imposition. Commencer par là ne coûte rien et laisse les enveloppes fiscales continuer à capitaliser.
2. Le PEA de plus de cinq ans. Le moins cher des retraits taxés. Depuis la loi PACTE, un retrait après cinq ans ne ferme plus le plan et n'empêche pas de nouveaux versements, ce qui retire la dernière raison de s'en priver.
3. L'assurance-vie de plus de huit ans, à hauteur de l'abattement annuel. Chaque année, 4 600 euros de gains pour une personne seule, 9 200 pour un couple, échappent à l'impôt sur le revenu. Cet abattement ne se reporte pas : une année où vous ne l'utilisez pas est une année perdue. C'est le geste le plus rentable de toute la liste, et le plus souvent oublié.
4. Le PER, par tranches calibrées sur votre tranche marginale. Voir la section suivante.
5. L'immobilier locatif. Les loyers sont la ressource la plus taxée, mais ils ne demandent pas de vendre. On les garde donc comme revenu de base et on ajuste le reste autour.
6. Ce qui doit être transmis, en dernier. L'assurance-vie alimentée avant 70 ans et la résidence principale sont les deux meilleurs outils de transmission de la liste. On y touche en dernier, ou pas du tout.
Le PER est un problème de calendrier, pas de fiscalité
Le PER est le placement où l'ordre de sortie change le plus le résultat, et c'est là que se commet l'erreur la plus coûteuse.
Rappelons le mécanisme. Si vos versements ont été déduits de votre revenu imposable, le capital que vous sortez est imposé au barème de l'impôt sur le revenu, et les gains au forfait. Si vos versements n'ont pas été déduits, le capital ressort sans impôt et seuls les gains sont taxés.
L'erreur consiste à sortir la totalité du capital la même année. Sur un PER de 150 000 euros issu de versements déduits, cela ajoute 150 000 euros à vos revenus de l'année. Vous traversez les tranches et payez, sur une partie de la somme, un taux marginal supérieur à celui auquel vous avez déduit vos versements. L'économie d'impôt réalisée pendant vingt ans se dissipe en une seule déclaration.
Le raisonnement correct est l'inverse : le PER se vide par tranches, dans les années creuses. Les premières années de retraite, avant le déclenchement de certaines pensions, sont souvent celles où votre tranche marginale est la plus basse de toute votre vie. C'est la fenêtre. Un retrait annuel qui remplit votre tranche à 11 % sans déborder sur celle à 30 % est presque toujours préférable à une sortie unique.
Les cas où l'ordre change
L'ordre par défaut n'est un défaut, justement, que jusqu'à ce qu'une de ces trois situations apparaisse.
Vous avez plus de 70 ans et un objectif de transmission. L'assurance-vie change de nature à 70 ans. Les primes versées avant 70 ans transmettent jusqu'à 152 500 euros par bénéficiaire en franchise. Celles versées après relèvent d'un régime moins favorable. Un contrat alimenté avant 70 ans devient donc un actif de transmission qu'il est souvent absurde de consommer : puisez ailleurs, même si c'est un peu plus cher fiscalement, et laissez celui-là intact.
Votre tranche marginale est élevée. Si vos pensions vous maintiennent dans la tranche à 41 %, tout ce qui s'ajoute au barème devient très cher : loyers, capital de PER. Le PFU à 31,4 % du compte-titres devient alors compétitif, et l'assurance-vie à 7,5 % franchement attractive. L'ordre se resserre sur les enveloppes à taux forfaitaire.
Vous avez un besoin ponctuel important. Un besoin exceptionnel, travaux ou aide à un enfant, ne se finance pas comme un complément régulier. Un retrait unique de 60 000 euros sur un PER ou une vente immobilière déclenchent une imposition concentrée sur une année. Étaler sur deux exercices, ou piocher dans la poche à taux forfaitaire, coûte souvent bien moins cher.
Un exemple chiffré
Un couple, deux retraites qui couvrent les charges courantes, un besoin de 30 000 euros par an de complément. Le patrimoine financier : 120 000 euros sur un PEA de dix ans, 300 000 euros d'assurance-vie de douze ans (dont 200 000 de primes versées avant 70 ans), 150 000 euros de PER issu de versements déduits, 250 000 euros d'immobilier locatif déjà loué.
Une approche naïve sortirait 30 000 euros du PER chaque année, « puisque c'est fait pour la retraite ». Cela ajoute 30 000 euros de revenu au barème, année après année.
Le séquencement raisonné donne plutôt ceci :
- 9 200 euros de gains retirés de l'assurance-vie, absorbés par l'abattement annuel du couple : aucun impôt sur le revenu, seulement les prélèvements sociaux. Comme seule la part de gain est imposable, le retrait brut correspondant est en réalité bien supérieur à 9 200 euros.
- Le complément pris sur le PEA, à 18,6 % sur la seule part de gain.
- Un retrait de PER calibré pour remplir la tranche basse sans la dépasser, les premières années de retraite.
- Les loyers conservés comme socle, sans arbitrage.
- Les 200 000 euros de primes d'assurance-vie versées avant 70 ans préservées autant que possible : c'est l'actif de transmission.
Même besoin, même patrimoine, mais l'essentiel des 30 000 euros sort à taux réduit ou nul d'impôt sur le revenu, au lieu de s'empiler sur le barème. Le gain se joue sur vingt ans.
Les quatre erreurs qui coûtent le plus
Ne pas utiliser l'abattement annuel d'assurance-vie. Il ne se reporte pas. Chaque année sans retrait est un avantage définitivement perdu, même si vous n'avez pas besoin de l'argent : rien n'empêche de retirer et de réinvestir ailleurs.
Vider le PER en une fois. L'erreur la plus chère de la liste, parce qu'elle annule rétroactivement l'avantage de vingt ans de versements.
Consommer l'assurance-vie alimentée avant 70 ans. C'est le meilleur outil de transmission dont vous disposez. Le consommer pour économiser quelques points d'impôt aujourd'hui peut coûter beaucoup plus cher à vos héritiers demain.
Fermer un PEA ancien. Son antériorité de cinq ans est un actif en soi, et depuis la loi PACTE un retrait ne l'oblige plus à se fermer. Un PEA clos ne se reconstitue pas : le compteur repart de zéro.
En résumé
L'ordre des retraits est un levier gratuit : il ne demande ni rendement supplémentaire, ni risque supplémentaire, seulement de la méthode. Consommez d'abord ce qui coûte le moins au prochain euro, pas ce qui a le plus gros solde. Utilisez chaque année l'abattement d'assurance-vie, qui se périme. Videz le PER par tranches calibrées sur votre tranche marginale, jamais en une fois. Préservez ce qui transmet bien, c'est-à-dire l'assurance-vie alimentée avant 70 ans. Et refaites le calcul avec les taux à jour : depuis janvier 2026, les prélèvements sociaux sont à 18,6 % et le forfait à 31,4 %, ce que beaucoup de sources n'ont pas encore intégré.
Sources
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 (hausse de la CSG de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux sur les revenus du capital à 18,6 %)
- Prélèvement forfaitaire unique et revenus de placements, impots.gouv.fr
- Fiscalité de l'assurance-vie en cas de rachat, impots.gouv.fr
- Plan d'épargne en actions, economie.gouv.fr
- Plan d'épargne retraite, economie.gouv.fr
Questions fréquentes
- Quel est le taux des prélèvements sociaux en 2026 ?
- 18,6 % depuis le 1er janvier 2026, contre 17,2 % auparavant. La hausse vient de la CSG, passée de 9,2 % à 10,6 %, votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Le taux se décompose en CSG 10,6 %, CRDS 0,5 % et prélèvement de solidarité 7,5 %. Conséquence : le prélèvement forfaitaire unique passe de 30 % à 31,4 %. Attention, beaucoup d'articles en ligne affichent encore 17,2 %.
- Faut-il vider son PEA avant son assurance-vie ?
- Le plus souvent oui, pour la partie que vous consommez, parce qu'un PEA de plus de cinq ans ne supporte que les prélèvements sociaux sur les gains, sans impôt sur le revenu. Mais le PEA n'a aucun avantage de transmission : au décès, il est clos et entre dans la succession sans régime de faveur. L'assurance-vie, elle, transmet jusqu'à 152 500 euros par bénéficiaire en franchise sur les primes versées avant 70 ans. D'où la règle : consommer le PEA, préserver l'assurance-vie pour ce qui doit être transmis.
- Un retrait sur mon assurance-vie est-il imposé en entier ?
- Non. Seule la part de gain contenue dans le retrait est imposable, au prorata. Si votre contrat vaut 200 000 euros pour 150 000 euros de primes versées, un retrait de 10 000 euros contient 2 500 euros de gain imposable et 7 500 euros de capital non imposable. C'est ce qui rend l'assurance-vie particulièrement souple pour lisser un complément de revenu.
- Le PER est-il un mauvais outil à la sortie ?
- Il est mal utilisé plus qu'il n'est mauvais. Sortir tout le capital d'un PER la même année ajoute une somme importante à vos revenus imposables et peut vous propulser dans une tranche supérieure, ce qui annule l'économie faite à l'entrée. Sorti par tranches, sur des années où votre taux marginal est bas, il redevient efficace. C'est le placement où le calendrier compte le plus.
Cet article est une explication générale, pas un conseil personnalisé. Votre situation dépend de votre résidence fiscale, de votre régime matrimonial et de vos objectifs : faites-la valider par un notaire, un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine.